Thèmes

La réception de l'œuvre d'art

     Ce que nous voyons d’une oeuvre et ce que nous en trouvons dépend beaucoup de ce que nous lui apportons

Nelson Goodman, Esthétique et connaissance, (avec Catherine Elgin), Paris, Editions de l’éclat, 1990, p 75

     Plutôt que de défendre une idée ou illustrer un propos, la fonction de l’art est de favoriser le surgissement d’une question que l’on ne connait pas encore (A. Robbe-Grillet, 1963). Or, cette, ou ces questions, peuvent surgir dans la conscience de ceux et celles qui se confrontent à l’art, grâce à la mise en contact avec un objet donné à percevoir, objet qui détermine des affects et, ce faisant, mobilise l’ imaginaire et l’intelligence. L’œuvre se fait, littéralement, dans la relation que l’individu met en place avec le « bloc de perceptes et d’affectes » (G. Deleuze, F. Guattari 1991) qui est la proposition de l’artiste. Ce n’est pas tant la question : « qu’est ce qu’une œuvre d’art » qui m’intéresse. Mais plutôt comme elle fonctionne et agit sur la personne. Ou, plus précisément, comment, un individu donné, peut avoir la perception du fait qu’il évolue grâce au fait de se disposer à recevoir une œuvre de s’y exposer ainsi que de faire l’effort de se pencher sur les effets qu’il a sur lui.  « L’art est fondateur d’existences et producteur de possibilité de vie » (Bourriaud, 2009 p. 129).

La découverte des neurones miroir comme base de la résonance empathique (G. Rizzolatti, G. di Pellegrino et al., 1986-90) opérée grâce au développement des technologies d’imagerie médicale et de la biométrie,  bouleverse le domaine classique des études sur la réception de l’art d’Aristote à Pierce (R. L. Solso, 2002, D. Freeeberg, V. Gallese, 2007). Pour cela je m’intéresse à comment le croisement entre différentes disciplines comme la philosophie, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie et les neurosciences peuvent contribuer à comprendre les manières dans lesquelles l’expérience de l’art permet, à ceux qui en jouissent, d’avoir un sentiment de développement de soi.

Eve Arnold, Silvana Mangano at the Museum of Modern Art, New York, 1956